Le sens des mots possédera dorénavant plusieurs rubriques dont celle du corps...
Je me suis toujours dit qu'être "nez" pour un créateur doit être enivrant... Croiser dans la rue une femme qui porte ce que mon odorat a subtilement obtenu en mêlant ces flagrances qui ravissaient mes narines dans le laboratoire de mon employeur-parfumeur, quel ivresse ! Bon, voilà que je m'emballe ! Il est de toute évidence trop tard pour que Lolita Lempickota m'engage et que je devienne sa première truffe !
Depuis ma plus tendre enfance les odeurs envahissent constamment mon existence. Mon système olfactif ne cesse de flairer... Maudit soit la sensiblerie exaltée de ce tarin coquin !
Les biscottes de ma grand-mère saupoudrées de sucre roux, sa crème de jour à la rose, le lait chaud journalier obligatoire lors des séjours chez mon parrain, le blush protégé dans le boîtier argenté qui rosissait les joues de Tante Jenny, les comprimés fluorés posés devant mon bol au petit déjeuner...
Rien d'extraordinaire je sais ! Mais il me reste dans les naseaux les traces indélébiles de la corde à sauter mouillée de Corinne dans la cours de récréation, le petit pot de colle utilisé au cours de madame Delhaye qui peaufinait mon cahier à spirales, les effluves buccales mentholées de mon professeur déjanté collées sur le feutre du micro lorsque je chantais à la chorale, le feuillage sec et citronné qui abritait mon refuge savamment érigé dans un terrain vague du quartier, le parfum nauséabond de ce voisin hirsute lorsque je passais à vélo devant sa maison... Sacré monsieur Rose !
Et puis les essences des dalles de granit et des murs rouges de ce petit coin au pied de l'immeuble logeur qui réunissaient la bande de copains et mon premier amour...
Bref ce nez est à mon sens tout un roman de stimuli personnels, orgasmes vivants des volets de ma vie... Cannelle charnelle, vanille bourbon en flacon, concombres dévorés le ventre rond, jasmin entortillé aux lattes d'un volet bleu après l'orage d'un étranger, lavande sur le linge en dentelle des aïeules italiennes d'un mariage immature, tomates mijotées et pâtes al dente un soir de Noël, chocolat fondu sur l'assiette de porcelaine blanche qui tartine sans retenue les tranches d'un pain de mie provençal, champs d'abricotiers complices de courtes fugues adolescentes en quête de silence, chemin unique de mes mains sur le torse parfumé de Jean...
Soudain hier soir ce nez m'échappe, un reportage parle de nez creux ? Je me sens bête de ne pas comprendre. Jean m'éclaire et le clavier du petit écran repère des tas d'expressions et la réponse confirmée à la question :
- Avoir le nez creux : expression du XVIIe siècle qui signifiait avoir le nez bien dégagé, puisque creux et pouvoir ainsi avoir le flair bien développé. Synonymes : avoir du flair, le nez fin.
Il est certainement plus agréable de s'entendre dire l'un de ces synonymes mais le dix-septième siècle garde néanmoins tout son charme, n'est-il pas ?
Je ne résiste pas au plaisir de vous citer celles-ci. Les connaissez-vous ? Si après tout cela je ne me sens pas bien... Que vais-je donc respirer ?
Amusez-vous.... Sources Mediadico.com