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  • Le Sens des mots 3.

    Le 08/06/2009 à 21:18Le sens des motsCommentaires (0)Ajouter un commentaire

     

    Portes ouvertes à l'école de la Sitrée à Vedrin en région namuroise.

    J'accompagne Jean pour faire connaissance avec l'enseignement spécialisé et professionnel. Un concept intéressant pour « apprendre » un métier aux adolescents qui possèdent des troubles divers du comportement. Différentes sections sont proposées dont l'hôtellerie cuisine et salle, le service aux personnes, le travail de bureau, l'entretien du bâtiment et son environnement. Du choix pour les garçons puisqu'ils prennent part aux cours de menuiserie, de peinture, de maçonnerie, d'horticulture, participent à des chantiers extérieurs tout en gardant une base de cours généraux simplifiés sans omettre les activités sportives. En ce qui concerne les filles, je reste plus sceptique... Repasser, nettoyer, servir, cuisiner, ranger, classer en dehors de leur propre quotidien doit rester naturel et non devenir une obligation parce qu'on leur a insufflé qu'elles n'étaient capables de rien d'autre ! Même si, bien entendu, exercer une profession, gagner sa vie fait partie de notre société pour s'assumer. J'imagine néanmoins mal une jeune fille travailler dans la salle d'une auberge à prendre des commandes et faire la plonge derrière le bar alors qu'elle préférerait exercer sa passion auprès d'enfants comme puéricultrice... Ce qui est, paraît-il, inexistant pour ce type d'enfants !

    Au détour d'un atelier menuiserie, Jean et moi reprenons notre souffle sous les rayons du soleil wallon. A quelques pas, un éducateur s'adresse à trois gamins chahuteurs. Il adopte une méthode qui m'interpelle, un sens des mots auquel je ne m'étais pas préparée.

    Je le questionne pour comprendre les méthodes éducatives qu'il utilise auprès des élèves de l'école.

    Cet homme, encore jeune, possède une certaine expérience du milieu. Il a travaillé auprès des services d'aide à la jeunesse et a donc fréquenté les enfants en difficulté familiale ainsi que ceux du juge, les délinquants mineurs...

    J'apprécie avec étonnement lorsqu'il explique qu'il ne fait aucune différence entre les adolescents. Il agît de même avec chacun d'entre eux sans discrimination ni jugement quant à leur histoire. Au fil de la conversation, je remarque que l'éducateur offre une grande écoute lors des conflits entre enfants. Ce qui lui permet d'évaluer l'intensité du souci rencontré et son évolution positive ou négative. Il formule également une forme de suivi sans limites dans le temps. Il sanctionne mais ne punit pas sauf en cas extrême.

    Ah ! Voilà qui m'intéresse grandement !

    SANCTION : PUNITION, mesure répressive prise selon la loi dont les synonymes sont amende, blâme, répression, suspension, châtiment, etc...

    PUNITION : fait de SANCTIONNER dont les synonymes sont blâme, châtiment, répression, correction, pénalisation, etc...

    La différence se situe donc dans l'interprétation. J'avoue que celle de cet éducateur spécialisé m'a réellement époustouflée !

    Monsieur Philippe raconte :

    - Je punis rarement ! Si j'en arrive là,  c'est après avoir prévenu l'enfant à plusieurs reprises. La punition primaire me semble d'emblée inutile. Elle ne permet pas au fautif de réaliser l'erreur commise. La dernière punition que j'ai malheureusement infligée me soulève encore le coeur mais je n'avais plus grand choix vu la mauvaise volonté et le débordement récurant de l'élève. J'ai donc confisqué son téléphone portable pendant trois semaines. J'ai d'abord supprimé l'objet une semaine puis deux et ainsi de suite. Au final, l'étudiant a réalisé que l'urgence d'une réponse à un message écrit devient rapidement superficielle surtout pendant un atelier ou un cours qui fera partie de sa vie future et qui, somme toute, dérange tout le monde ... Nous vivions « avant » sans gsm, n'est-il pas ? Mais bon, c'est dommage d'en arriver là  pour avoir été désobéissant et jouer de son insolence.

    J'acquièsce sans commentaires et j'attends impatiemment la suite !

    - La sanction est pour moi évidente. L'adolescent parvient par des moyens simples à comprendre sa faute.

    Permettez-moi de vous donner un exemple : une jeune fille fume dans l'enceinte de l'école. Ce qui est interdit par le règlement dont elle connaît chaque paragraphe. Elle est autorisée à sortir pour griller sa cigarette à la pause midi ceci dès l'âge de seize ans avec autorisation parentale . Et pourtant, la demoiselle récidive, elle fume dans la cours de récréation malgré ma réprimande.

    Je sanctionne : elle doit pour le lendemain créer un court dossier qui indique les méfaits de la cigarette. Mon rôle auprès de cette jeune fille est privilégié. Je m'intéresse à sa recherche, au pourquoi de l'article ou du texte choisi. Un échange, un dialogue, des commentaires s'imposent naturellement.

    Merci monsieur Philippe !

    Me voilà convaincue que la sanction ouvre des portes au jeune concerné, une leçon de vie précieuse et unique. Cet éducateur m'a offert un joli sens des mots. Une application multiple au quotidien en tant que parent également pour éviter ces punitions lancées dans la colère et que l'on regrette lorsque la pression redescend ! Revenir sur la punition infligée ôte évidemment toute crédibilité et autorité de l'adulte... Imaginons la scène suivante : 

    - Maman m'a supprimé l'ordi pour la semaine...  se lamente Lydia à Maud. J'en ai marre !

    - Ne t'inquiète pas ! Elle te le rendra demain pour que tu ne monopolises pas la ligne de téléphone toute la soirée !  Crois-en mon expérience ma belle ! rétorque Maud tout sourire.

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