Mon père a siroté les tétines d'une capitale aux embruns de féculents huilés tandis que ma mère a pointé le bout du nez entre les pétales d'une tulipe orange. Rapidement elle a troqué ses sabots de bois contre de longues heures à dépoussiérer les bouquins d'un professeur avec lequel elle partage son existence depuis maintenant plus de quarante ans. Porter un prénom aux accents d'un village coincé entre Sisteron et Arles n'est pas surprenant puisque la bibliothèque familiale déborde des oeuvres de Pagnol, Giono et Mérimée.
Magali... Comme il est enivrant de respirer la lavande lorsqu'on le prononce. Oui, enfin... c'est ce que je pensais ! Hélas, avec le temps, je me suis résignée : mon appendice nasal m'emporte rarement dans ces délires sauf lorsque je déniche dans les rayons du supermarché l'adoucissant qui embaumera mes draps de cette odeur suave ! Heureusement que ma gourmandise me permet de conserver ces chimères quotidiennement titillées par les effluves discrets du romarin. C'est autour de mitonnades et d'entremets que ce joyeux compagnon s'agite sur le rythme d'un nectar bourdonnant !
J'ai planté mon premier décor à l'aube de l'été dans le berceau soixante-six d'une maternité édulcorée. Mes premières années ne se sont donc pas écoulées à gambader sous les oliviers ni à écouter le friselis de la Durance. J'ai tout bonnement traîné mes bottes dans les champs de maïs et les prairies boueuses du nord. Mais il me reste le souvenir papillonnant de mon plus beau cadeau : une bicyclette violette...
Cette amie fidèle m'a offert la liberté de pédaler pour rencontrer l'amour à l'abri d'une porte cochère, d'un étang envahi par les saules, d'une fête foraine.
Je chéris ce prénom qui me sourit parce qu'une fée coquine s'est posée sur mon épaule pendant que je me bataillais avec mes copines. Sans crier gare, elle m'a guidée au-delà d'itinéraires minés vers une passion incontournable du papier. Tout en rimes, là où résonnent les mots, promenades de mes stylos.
Chut ! Ecoutez, ce grillon...
Je l'ai sorti de ma poche, il récite mes histoires assis sur le trottoir. Il faut, sans tarder, que j'enfourche ma bicyclette... Le refrain dit qu'il existe une porte cochère à quelques rayons de la librairie !