Rien ne semble différent ce samedi. Les visiteurs affluent en abondance pour parcourir Moerperwelten, l'exposition fard de bipèdes en trois dimensions.
Lucas guide un premier groupe de touristes lorsqu'au détour d'un couloir de la seconde salle, un homme effaré s’exclame :
- Regarde Louis cette vitrine est maculée de sang.
- Et le mannequin est en tenue de ville !
- C'est à ni rien comprendre. Pourquoi les responsables nous infligent-ils un tel spectacle ?
- Quelle horreur Greg, on dirait le cadavre d'une femme.
- Viens partons, cette scène est indécente. Allons nous plaindre à l'accueil.
Lucas, abasourdi par les propos des deux visiteurs, fonce vers la vitrine concernée.
- Lud ? LUDI-VI-NE, MON DIEU NON ! Vite, appelez les secours, je vous en prie !
Quelqu'un a assassiné ma tante !
***
Une demi-heure plus tard, Vincenzo Garcia constate l'évidence du crime crapuleux. Malgré les maigres indices, le commissaire divisionnaire émet les premières conclusions de cet homicide.
- Madame votre tante a été abattue au cours de la soirée d'hier...
- Mais je l'ai quitté en pleine forme ! dit Lucas.
- Avant minuit ?
- Oui.
- Une balle de moyen calibre tirée à bout portant en plein cœur.
- Elle n'avait donc aucune chance de survie ?
- Infime.
- Insinuez-vous qu'elle côtoyait son agresseur ?
- Elle le connaissait tout au moins.
- Oh...
- Je vous présente mes plus vives condoléances monsieur Drenti mais pouvez-vous rapidement m'établir la liste des employés présents ce vendredi soir ?
Lucas visiblement mal à l'aise, se racle bruyamment la gorge.
- Léonce l'intendante, Sarah la comptable, Henri le gardien et moi-même.
- Vous étiez, si je ne me trompe, avec elle avant son décès ?
- Oui, Lud désirait parcourir Moerperwelten. Je me suis ensuite absenté une vingtaine de minutes pour me rendre chez Wong, elle m'avait chargé d'y passer commande pour notre dîner.
- Wong ? Quelle heure était-il à votre retour ?
- Oui le traiteur près de la gare du midi. Pour ce qui est de l'heure je ne sais pas exactement. Henri avait terminé sa ronde.
- Quelque chose susceptible de m'intéresser , monsieur ?
Brutalement Lucas s'effondre.
- A mon retour, j'ai découvert ma tante étendue sans vie sur le linoléum de mon bureau. Voyez-vous, je suis le seul à posséder le code d'accès de ce local.
- Je vois oui.
- J'ai paniqué et pris l'absurde décision de la placer dans cette vitrine pour éviter tout soupçon. J'ai nettoyé, effacé les traces et suis parti au plus vite.
- Ne quittez pas le pays, Drenti. Tenez-vous à ma disposition.
***
Avant de regagner l'hôtel de police, Vincenzo Garcia ordonne à son adjoint Bernard Porliez de fouiller Moerperwelten. Malgré les apparences, le commissaire chevronné, ne parvient pas à assembler toutes les pièces du délit qui l'occupe.
- Cette affaire tombe à point nommé.
- De quoi remplir les semaines à venir commissaire.
- Une meurtre qui dissimule un sordide secret, quelque chose de malsain.
- C'est ce que je disais, vous ne vous arrêtez jamais !
- C'est vrai, je suis ravi !
- Du fil à retordre ?
- Un dossier inestimable pour ma carrière, Porliez oui inestimable...