La semaine suivante, rien ne semble différent. Les visiteurs affluent en abondance pour parcourir Moerperwelten, l'exposition fard de bipèdes en trois dimensions.

- Bonjour mademoiselle.

- Monsieur le commissaire, que puis-je pour vous ?

- N'avez-vous rien oublié ?

- Non pourquoi ?

- Croyez-vous qu'il est de mon devoir de débarquer sur votre lieu de travail afin de vous interroger ?

- Certainement pas mais j'organise les funérailles de madame Drenti, vous n'imaginez pas à quel point cette tâche réclame toute mon attention.

- N'est-ce-pas quelque peu prématuré ? Vous n'ignorez pas que sa dépouille ne pourra être inhumée que lorsque mon dossier sera clôturé.

- Je suppose que le meurtrier tombera dans vos filets rapidement ! Ce monstre m'écoeure, il ne perd rien pour attendre !

- Bon passons...

- Veuillez m'excuser mais je dois absolument me rendre au manoir, Lucas m'y attend. Je passerai au poste plus tard pour remplir ma déposition, je vous le promets.

Désapointé par l'assurance de Sarah, l'homme de loi décide de garder encore secret les résultats du laboratoire.

- J'y compte bien mais accordez-moi une seconde je vous prie, êtes-vous proche de monsieur Drenti ?

- Que voulez-vous savoir ? Etre intime avec Lucas ne remet pas mon innocence en cause il me semble.

- Etes-vous la maîtresse de votre employeur ?

- Quel bas mot monsieur !

- Dois-je comprendre que vous avez mis le grappin sur lui ?

- Nommez cela comme vous l'entendez.

- Pauvre homme, il perd une parente autoritaire et le voilà maintenant sous l'emprise d'une femme arriviste et prétentieuse !

Sarah, nullement déstabilisée, toise Garcia avec dédain.

- Ma marraine ne m'a pas menti. Vous êtes un personnage sans-gêne et arrogant ! Mais je vous accorde une vérité, je suis la compagne de Lucas. Je rajouterai, pour satisfaire votre impertinence, que nous nous marions l'été prochain.

- Vous ne perdez pas de temps pour vous remplir les poches à ce que j'entends.

- Vous faites fausse route, Ludivine bénissait notre union !

- Comment vous croire ?

- Cela vous surprend-t-il qu'une noble épouse un roturier ?

- Noble, vous moquez-vous de moi ? glousse le commissaire.

- Pas du tout, ma famille n'a rien à envier aux Drenti, croyez-moi Garcia.

- Que prétendez-vous par là ?

- Mon père est le duc d'Angeli.

- Non, vous plaisantez, il court le monde, cet homme n'a pas de famille !

- Vous êtes mal renseigné, mon père est un homme d'affaire averti mais cela ne l'empêche pas de posséder une vie privée. J'en suis la preuve sine qua non, monsieur l'inspecteur.

Garcia, dépourvu par ses révélations inattendues, réalise aussitôt qu'acculer cette potentielle suspecte ne sera pas un parcours de tout repos.

- Ne soyez pas trop confiante jeune fille. La vie ne fait pas que des cadeaux, une fortune colossale ne suffit pas toujours...

- Comme vous semblez amer commissaire.

- Loin de là, j'ai de l'expérience, tout bonnement !

- Oh, regardez l'horloge, vous m'avez mise en retard.

- Je vous accompagne au domaine Drenti, mon adjoint nous y conduira.

- Ai-je le choix ?

- Mademoiselle d' Angeli nous avons chacun bon nombre de choix, faites-moi confiance...

 « Il me faut à tout prix débusquer le petit accroc à la trame de cet assassinat pour en finir avec elle. Cette aristocrate effrontée ne s'en sortira pas gagnante ! » rumine Garcia.