Rien ne semble différent ce vendredi. Les visiteurs affluent en abondance pour parcourir Moerperwelten, l'exposition fard de bipèdes en trois dimensions.
Une vague de curiosité morbide et nauséabonde plane subtilement autour des vitrines de la seconde salle. Les badauds ne contemplent que d'un œil indifférent les mannequins colorés car seule la bande plastique rayée des services de police attire leurs regards avides de rouge... frais !
Garcia a envoyé Porliez aux archives de l'urbanisme afin de recueillir tout ce qui concernerait le manoir Drenti de près ou de loin.
Incognito, le commissaire déambule dans les allées, attentif aux bavardages détonants.
- Une sombre histoire d'argent, Arlette ! La victime laisse des millions d'euros à son neveu.
- Et si c'était le gardien le coupable ? Il paraît qu'il est épris depuis des années de la maîtresse de maison...
- Pourquoi s'amouracher d'une pauvre oreille bouchée ? Madame n'a savouré que des mariages opulents !
- Moi, je miserais plutôt sur le neveu.
- Tu as raison, une mise en scène extraordinaire, un magnifique appât pour attirer le peuple dans les caves bruxelloises ! Le concept d'un assassinat parfait pour alimenter plusieurs comptes en banque en un rien de temps.
- Rusé le créateur, il élimine la crémière pour obtenir le beurre et l'argent du beurre ! Arriviste !
- Oui et je mettrais ma main au feu que sa fiancée est de mèche, une calculette à la main et le sourire aux lèvres pour gruger la naïve tantine.
- L'amour et les chiffres s'additionnent sans chichis s'ils se multiplient...
Garcia se régale :
- Les soupçons vont bon train, l'innocente Sarah d'Angeli et son fiancé n'échapperont pas aux accusations vrombissantes !
D'un pas satisfait, le commissaire pénètre dans le bureau de sa première proie son calepin entre les mains...
- Laissez vos chiffres de côté mademoiselle et aidez-moi à mettre la main sur le porte-documents de votre regrettée nourricière.
- Je pensais que votre adjoint s'en chargerait.
- Vos pensées ne m'intéressent pas, cherchez-moi cette serviette je vous prie !
- Vos remarques méprisantes me dérangent inspecteur Garcia. Comment pourrais-je deviner l'endroit où Ludivine l'a déposée ?
- Entre des serpillères et un bidon blanc ?
- Que me chantez-vous là monsieur ?
- Les empreintes laissent des traces même nettoyées à l'eau de javel Sarah !
- Les empreintes ? Voyons, vous extrapolez ! Je range le révolver de Moerperwelten chaque jour après la fermeture de la caisse puique personne d'autre ne possède le permis de port d'armes ici sauf moi.
- Qui vous parle de l'arme du crime ?
- Vous m'accablez injustement Garcia, c'est exaspérant. Je ne supporterai pas d'avantage vos perfides allégations, ça suffit maintenant !
- Allons, allons pourquoi sortez-vous de vos gonds, une petite erreur de calcul peut-être ?
Le commissaire a décidé de jouer de toute son expérience pour arracher les aveux de la jeune femme.
Surpris par les éclats de voix réprobateurs, Lucas fait promptement irruption.
- Garcia !
- Ah voici votre complice éploré...
- Pour qui vous prenez-vous ? Nous acculer d'un coup de crayon sur votre calepin est insupportable ! Je vais sur le champs contacter le ministère de la justice afin vous démettre de cette affaire dans les plus brefs délais !
- Pas de soucis Lucas, qui rira bien rira le dernier !
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