Chapitre 9
Rien ne semble différent ce jeudi et pourtant les visiteurs n'affluent pas pour parcourir Koerperwelten, l'exposition fard de bipèdes en trois dimensions...
« FERME POUR CAUSE DE DÉCÈS- RÉOUVERTURE CE MARDI A 10H00. »
Menottée, une veste négligemment jetée sur la tête, Sarah d'Angeli est fermement conduite vers la fourgonnette de police. Tandis que le commissaire Garcia se pavane devant les micros des journalistes.
- Croyez-moi, je n'ai pas mis longtemps à découvrir l'auteur des faits, il ne suffit pas de s'amouracher de l'héritier Drenti pour être disculpée. D'autant plus que l'heureux élu, complice évident de cet assassinat, ne tardera pas à suivre les traces de sa dulcinée !
- Il y a donc préméditation, commissaire ? interpellent les reporters.
- De source sûre, messieurs ! Sarah d'Angeli a agi sans retenue, l'amour est aveugle ! profère Garcia comblé.
- Mais pour quels motifs mademoiselle d'Angeli aurait-elle éliminé madame Drenti ?
- Pour régner sans ombres sur sa fortune, pardi ! L'appât du gain ne pardonne pas, l'argent n'a pas d'odeur et certainement pas celui du sang ! Faites-moi confiance, l'empire des amoureux ne sera bientôt plus qu'un tas de cendres !
- C'est faux ! éclate une voix dans la foule.
- Vous mentez, Garcia ! Ma Sarah est honnête, je vous le prouverai. Vos supérieurs ne resteront pas dupes éternellement de vos flagrantes erreurs ! Vous les journalistes, ne rangez pas votre matériel, accordez-moi quelques jours pour innocenter ma filleule !
Des chuchotements indistincts font soudainement place aux paroles hardies de Léonce. Celle-ci, un parapluie braqué vers le commissaire, ne décolère pas. Garcia, digne de sa profession, éloigne la foule :
- N'écoutez pas les sornettes de cette malheureuse femme. Elle perd la tête ! Restons courtois mes amis, je donnerai une ultime conférence de presse lundi soir dans le parc du domaine Drenti lorsque les inculpés seront derrière les verrous.
C'est en douceur qu'Henri saisit les épaules de l'intendante :
- Viens ma bonne Léonce entre maintenant, tu vas prendre froid.
- Je vais lui fermer le clapet ! Commissaire de pacotille ! Il finira ses jours au carrefour d'une bourgade du bout du monde, un sifflet autour du cou !
La Une des journaux n'a pas tergiversé. Le commissaire divisionnaire coiffé d'une réputation inébranlable a, selon l'ensemble de la presse, vu juste. Garcia se voit remettre la médaille de tous les honneurs, les félicitations pullulent dans tout le pays. Seul Marius Frimont, ancien rédacteur d'un magazine à scandales, a osé défendre le couple. Le journaliste prétend que Garcia cache l'essentiel de son enquête... La solution serait écrite noir sur blanc dans son glorieux calepin...
Chapitre 10
Il pleut des hallebardes sur le domaine Drenti...
Léonce, Lucas et Henri déjeunent. Les différentes démarches du jeune créateur auprès des supérieurs de Garcia se sont avérées infructueuses. Le duc d'Angeli n'a obtenu aucun recours auprès de ses relations pour libérer sa fille. Garcia a sans conteste le bras long !
Lundi, le juge nommé à la Chambre du Conseil décidera du sort de Sarah.
Lucas n'a quasiment rien avalé de son repas. Le visage tourmenté, il écoute la pluie battre les vitres.
- Excuse-moi Léonce, je n'ai pas d'appétit. Imaginer Sarah dans cette prison me bouleverse. Je me sens totalement impuissant. J'ai engagé Maître Laurence Portelanger, c'est une excellente avocate pénale. Mais j'ai le sentiment qu'une épée de Damoclès ne tient qu'à un fil au-dessus de notre avenir.
- Je comprends Lucas, je reste cependant persuadée que Garcia manque de jugement ! Essayons tous les trois de nous remémorer la journée du drame. Il suffirait d'un chouilla pour innocenter ma Sarah ! En ce qui me concerne malheureusement, je ne me souviens de rien qui pourrait nous mettre la puce à l'oreille ! Et toi Henri que proposes-tu ?
- J'ai passé la nuit à décortiquer chaque seconde de ma dernière ronde. Je suis certain que madame Drenti écrivait son article dans le bureau de Lucas lors de mon départ. Je reconnais sans peine les notes acidulées de son parfum. Le couloir de l'administration embaumait lorsque je l'ai emprunté pour déposer mon trousseau.
- As-tu convenablement refermé le coffre, Henri ? s'inquiète Lucas.
- Non, je n'y ai pas touché. Sarah devait encore y déposer la recette, ses comptes n'étaient pas terminés.
- C'est bizarre en général elle s'organise pour finaliser au plus tard entre dix-neuf heures et dix-neuf heures trente afin de raccompagner Léonce.
- C'est exact mais je pense que le nombre d'entrées étudiants ne correspondait pas au chiffre calculé. Ta fiancée est à cheval sur les recettes. Un euro est un euro, tu le sais bien !
- Nous tournons en rond ! Il y a bien un autre indice qui pourrait nous mettre sur la piste. Garcia ne se base que sur les empreintes de Sarah mais où est dissimulée l'arme pendant les heures d'ouverture de l'exposition Lucas ?
- Dans une boîte à chaussures entre la caisse enregistreuse et la pile de fascicules que nous distribuons aux visiteurs étrangers pour les guider. Sarah affirme que personne ne peut se douter de quoi que ce soit ! Elle a d'ailleurs ri il y a plusieurs semaines lorsqu'un visiteur lui a demandé s'il s'agissait de sa caisse noire. Sarah a prétendu qu'elle y rangeait ses chaussures de combat. L'homme, le bec cloué, a rapidement payé son entrée en maugréant qu'il ignorait que les caissières suivaient des cours pour se protéger de simples amateurs d'art ! Un phénomène, il était vêtu comme en plein hiver et a refusé de confier au vestiaire pourtant gratuit, son pardessus, son écharpe et ses gants prétextant une laryngite chronique. Je pense qu'il a eu peur que Sarah ne lui offre une démonstration de self-défense !
- Je reconnais l'humour de ma petite Sarah... Vous voyez ! A force de nous consulter certains événements pourraient mener vers une conclusion différente. Préviens l'avocate Henri et énonce-lui tout ce que nous avons débattu ici. Je t'en conjure, elle doit absolument rencontrer Sarah demain à la première heure, supplie la vielle femme exténuée.
- Tu peux compter sur moi, Léonce !
- Je suis à bout de nerfs ! Ma future épouse est coincée entre quatre murs, il m'est interdit de lui rendre visite et ce satané Garcia débarquera au manoir avant lundi puisqu'il n'a d'autre but que de m'arrêter, renchérit Lucas.
- Allons mon grand, après la pluie, le beau temps. Tu sais bien que les Drenti sont des battants, Garcia n' a pas encore crié victoire !
Chapitre 11
Rien ne semble différent ce vendredi. Les visiteurs affluent en abondance pour rendre visite aux détenus de la prison de Forest. Salle numéro trois de la section préventive des femmes, Maître Portelanger rencontre Sarah pour un premier entretien déterminant.
- Mademoiselle d'Angeli, comment allez-vous ?
- Bonjour Maître, je tiens le coup. Grâce au directeur de la prison, je suis convenablement traitée. Mon père n'a certes aucun pouvoir sur Garcia et ses accusations aléatoires mais heureusement ce n'est pas le cas ici ! Pouvez-vous rassurer mon entourage à ce sujet ?
- Je vous fait la promesse d'avertir monsieur Drenti dès la fin de notre entrevue. Avez-vous d'autres sollicitations que je puisse contenter ?
- Non, je suis innocente ! Je ne prévoyais pas d'être incarcérée de manière si abrupte. Que préconisez-vous devant la Chambre du Conseil lundi matin ? J'ai peur de ne pas être libérée, manifeste Sarah déboussolée.
- N'ayez crainte, vos empreintes sur l'arme du crime ne justifient pas à elles seules votre culpabilité. J'ai d'ailleurs en ma possession votre permis de port d'arme pour le prouver. Mais avant toute chose, retraçons ensemble votre emploi du temps lors de cette journée dramatique.
La jeune femme n'éprouve aucun mal à relater ses activités à Koerperwelten. Maître Laurence Portelanger écoute attentivement sa cliente. Mais Sarah s'embrouille lorsqu'elle explique l'erreur de caisse rencontrée ce soir-là. Après avoir croisé le regard dubitatif de l'avocate, celle-ci élève inconsciemment le ton alors que de fines perles d'angoisse envahissent son front.
- Vous me condamnez, je le lis dans votre regard ! Pourquoi mentirais-je ? J'avais de l'affection pour Ludivine. Je n'ai nul besoin de sa fortune pour épouser Lucas, sacrebleu !
- Sarah, faites-moi confiance. Dites-moi la vérité. Vous êtes une excellente comptable. Était-il nécessaire de vérifier à plusieurs reprises les tickets pour quelques euros de différence seulement. Henri m'a confirmé votre inhabituelle agitation. Il serait stupide de votre part de ne pas tenter le tout pour me tout afin de ne pas croupir davantage dans cette vulgaire maison d'arrêt !
Sarah se rend à l'évidence, elle ne peut dissimuler plus longtemps son secret. Après avoir pris une profonde inspiration, elle avoue...
- J'ai honte ! J'ai pourtant fouillé partout mais le revolver a disparu. Après la fermeture de l'exposition, j'ai emporté mes affaires personnelles, la caisse et la boîte à chaussures mais lorsque j'ai ouverte celle-ci dans mon office, elle était vide ! J'ai couru jusqu'à l'entrée pour vider chaque tiroir du comptoir, j'ai contrôlé dix fois les cartons de tickets, soulevé le tapis. Vous n'imaginez pas mon désarroi. Je ne comprends pas, suis-je étourdie au point d'égarer cette arme ?
- Avez-vous abandonné à un quelconque moment votre poste ?
- Non pas un instant... enfin oui cinq minutes pour me rendre aux toilettes mais j'ai fermé le portique du comptoir. Il faudrait être agile pour s'y introduire et dérober l'arme sans se faire remarquer de quiconque. D'autant plus que je coince cette satanée boîte par mesure de sécurité entre la caisse et les brochures destinées aux visiteurs ne parlant pas notre langue. Je pense même l'avoir glissée dans un tiroir avant de m'éloigner momentanément.
- Vous souvenez-vous de cet individu emmitouflé qui vous a questionné concernant son contenu ?
- Je croise des centaines de visiteurs mais comment oublier ce personnage, un habitué d'ailleurs ! Il m'a quémandé un rabais sur ses billets d'entrée sous prétexte de visiter Koerperwelten plusieurs fois par semaine :
« C'est une question de vie ou de mort, mon avenir est en jeu ! », tonitruait-il.
- Quel culot, je lui ai ri au nez et je ne l'ai plus revu !
- Très bien Sarah, chaque souvenir est primordial pour me permettre de constituer votre défense. N'hésitez pas à me joindre si le moindre élément vous revient. D'ici à lundi, croisons les doigts pour obtenir la clémence de la Chambre du Conseil.
Après avoir cordialement serré la main de Sarah, l'avocate quitte prestement la salle des visites
« Mademoiselle d'Angeli panique ! C'est parfaitement ridicule puisqu'elle clame son innocence. Je crois qu'une petite visite à Vincenzo Garcia s'impose. Il m'est impossible de plaider dans de telles conditions. Mon petit doigt me dit que les Drenti forment un clan bien soudé. J'en aurai le cœur net quoi qu'il vous en coûte Sarah. »
Chapitre 12
Rien ne semble différent ce dimanche et pourtant les visiteurs n'afflueront pas pour parcourir Koerperwelten. Les portes, comme annoncées, resteront closes. Plongé dans les ténèbres inlassablement pluvieuses, le domaine Drenti dort d'un sommeil agité... Mais une palette de tons audacieux se lèvera dès l'aube aux côtés des occupants.
Malgré la tisane d'herbes de Léonce, le lit d'Henri ressemble à un champ de bataille, il n'a pas fermé l'œil de la nuit :
- Je suis coupable, bon dieu ! Et maintenant Sarah est en prison à ma place. Je ne suis qu'un lâche ! Jamais je ne me le pardonnerai ! Garcia finira par découvrir le pot aux roses et nous finirons tous derrière les barreaux alors que je suis l'unique assassin de cette peau de vache. Elle l'a bien mérité sa vitrine ! Il ne manque plus que cette légende :
« Ici gît le cadavre d'une diablesse, profitez-en il s'agît d'un cas unique qui ne sera pas conservé longtemps... Les non-dits continuent de la pourrir même si son cœur a cessé de battre ! ».
Léonce a tenté de se reposer quelques heures dans la bibliothèque.
- J'aurais mieux fait de rentrer chez moi, cette demeure me hante ! Pourvu que Maître Portelanger libère ma Sarah. Pourquoi n'ai- je pas avoué les niaiseries d'Henri à Garcia. J'ai promis de me taire mais à quel prix ? Il faut que Lucas sache au plus vite, avant qu'il ne soit trop tard !
Lucas a la migraine. Les comprimés d'aspirine ingurgités la veille n'ont eu aucun effet. Tandis que les érables rouges dansent avec le vent dans le parc, les larmes du jeune créateur ruissellent sur son visage défait.
- Pourquoi, mais pourquoi le sort s'acharne-t-il contre moi... Nous étions si proches du but. Et ce fichu vent qui me nargue ! Je n'en peux plus de l'entendre jouer des violons avec les âmes du parc ! Quand je pense que l'orchestre engagé pour notre mariage n'aura peut-être jamais le loisir de le défier !
J'aurais dû m'en douter, il a fallu que tante Ludivine nous mette encore des bâtons dans les roues et jalonne notre bonheur ! Quelque chose ne tourne pas rond... Sarah n'est pas responsable de sa mort, j'en suis certain ! Mais qui est donc l'auteur pervers de cet absurde cauchemar ?
Le fumet du café de Léonce a réuni les tourments des occupants du manoir.
- Voilà un dimanche qui semble aussi maussade que nos humeurs. Garcia n'a toujours pas montré le bout du nez, ce n'est pas bon signe. Je croyais qu'il nous harcèlerait de questions hallucinantes pour parvenir à ses fins. Je suppose qu'il se présentera tel un roi pour marquer d'une croix blanche mon arrestation dans son calepin, affirme Lucas dépité.
Léonce ne cesse de marteler de ses doigts noueux le bord du sucrier.
- Écoute Lucas, j'ai des remords ! Je pense que tu as le droit de savoir ! Henri a accompli un acte regrettable...
- Tais-toi Léonce, tu as promis à Sarah ! Je ne pouvais pas envisager de telles conséquences. Tais-toi, je t'en supplie. Je...
- Arrêtez, ça suffit ! Je ne comprends rien ! De quoi Sarah a-t-elle peur ? Êtes-vous inconscients ? Les aiguilles de l'horloge tournent et ne jouent pas en sa faveur, qu'attendez-vous pour la délivrer des griffes de cet abominable Garcia ? s'égosille Lucas.
Henri prend son courage à deux mains, il n'a d'autres choix que d'affronter la colère de Lucas et ses pénibles conséquences...
- Sarah a pris une pause exceptionnelle ce midi-là. Elle m'a téléphoné pour que je la remplace et surveille les lieux tout en me promettant de rentrer avant la réouverture de quatorze heures. Ta fiancée voulait se rendre en ville pour t'offrir la montre que tu avais vue dans la bijouterie de son amie Clara. J'ai accepté. Mais j'ai été d'une telle stupidité... Pardonne-moi, je suis confus, je...
- Henri, tu es insupportable ! Te lamenter sur ton sort ne sert à rien ! Puisque tu es incapable d'en venir au fait, c'est moi qui prendrai la parole ! s'écrie Léonce.
- Pendant l'absence de Sarah, Henri a patiemment rangé les boîtes de tickets. La centrale téléphonique de Koerperwelten a sonné... C'est à ce moment précis que les quelques neurones d' Henri se sont envolés ! Cet idiot a décroché... Nous lui avons expliqué cent fois que cette ligne ne servait qu'à informer les visiteurs par le biais du répondeur. Bref, passons ! Un inconnu a prétendu que Sarah gisait blessée sur le parking privé de Koerperwelten. Pauvre niais ! Il a couru comme un fou jusqu'à l'extérieur pour lui porter secours sans vérifier les dires de ce malotru et bien entendu sans prendre soin de fermer les portes de l'exposition derrière lui...
- Le parking privé mais quel parking ? Les visiteurs se garent près du canal ou le long de la chaussée des abattoirs du Midi.
- En effet, cet imbécile n'a pas réfléchi ! Il a aussitôt fait demi-tour mais trop tard, un individu s'était introduit pour s'approprier le contenu de la boîte à chaussures de Sarah et quelques dizaines d'euros dans la caisse.
- Pourquoi ne m'a-t-elle rien dit ? Et toi Henri, quand vas-tu enfin assimiler que seuls nos portables servent à communiquer entre nous en cas de problèmes ou d'urgences ! Tu as abandonné ton poste alors que Sarah te faisait confiance. Tu es impardonnable !
Henri baisse la tête, harassé par les propos de Léonce et de Lucas, il capitule.
- Je n'ai aucune excuse Lucas. Les mots me manquent pour t'exprimer mes regrets, je nous ai fourré dans un sale pétrin ! Je vais immédiatement avouer mes erreurs au commissaire Garcia
- Ce ne sera pas nécessaire monsieur Henri...
- Porliez ? Vous nous espionnez, ma parole ! Mais non, suis-je bête ? C'est Garcia qui vous envoie. Le glorieux divisionnaire ne daigne même plus se déplacer ! Je vous laisse donc le soin de joindre votre supérieur, s'exclame Henri .
- Remettons cela à plus tard si vous le voulez bien. Je désirerais rapidement m'entretenir avec monsieur Drenti si vous le permettez.
...
Le lourd portail entrebâillé aperçoit une lueur furtive entre les bancs de la chapelle et son autel en merisier. Et pourtant personne n'a eu le courage routinier ce matin-là de traverser le parc afin d'y déposer les offrandes fleuries au pied des portraits familiaux des défunts...
Vincenzo Garcia, un cierge entre les mains, scrute soigneusement chaque toile.
- Ludivine avait du goût ! Cette mégère a certainement dépensé énormément pour décrocher la perfection de ces maîtres trillés sur le volet ! Quelle honte ! Une fortune dilapidée pour satisfaire ses multiples caprices sans se soucier du bien-être des siens...
Garcia s'immobilise médusé...
- Vieille rombière ! Comment a -t-elle osé ? Sont-ils donc tous aveugles pour ne pas déceler les secrets de Ludivine ? Le cupide Drenti cautionnait chaque soupir de sa disgracieuse moitié, j'en reste coi !
Le divisionnaire furibond plonge vivement dans la poche de son pardessus pour attraper son calepin.
- C'est de la folie ! Vite, il faut que je rentre pour vérifier cette ignominie ! Je dois me tromper, la fatigue se joue de moi ! Comtesse Drenti, je vous tire ma révérence, vous aviez du toupet !
Campé sur le canapé de velours gris perle, Porliez se frotte vigoureusement les cuisses.
- Sacrée tempête, je suis glacé jusqu'aux os !
- Vous êtes trempé, pardi ! La guimbarde de service est-elle en panne ? Je vais demander à Léonce de vous apporter des serviettes et une tisane fumante. Approchez-le sofa de l'âtre, la flambée vous réchauffera.
- J'ai estimé plus prudent de me garer à quelques centaines de mètres. Mais ne vous donnez pas tant de mal monsieur Drenti, je serai parti dans quelques instants. La pluie ne m'épargnera guère et je n'ai nulle intention de courir entre les gouttes !
- Je pensais que vous aviez rendez-vous avec votre supérieur ? Pourquoi me parlez-vous de prudence ? Avez-vous aperçu l'assassin rôder, sommes-nous en danger ? Oh, Excusez-moi, je m'emballe. J'ai cru comprendre que vous désiriez converser ?
- Vous ne croyez pas si bien dire !
- Vous m'inquiétez Porliez ! Est-ce Sarah qui vous envoie ? Ma douce a-t-elle fait ses aveux pour nous épargner ?
- Non, voyons mademoiselle d'Angeli est malheureusement séquestrée à Forest, je vous donne néanmoins ma parole qu'elle n'y s'éternisera pas outre mesure. Ce que je voulais vous...
- Je sais, Garcia a remis ses conclusions ! Je m'y préparais hélas ! Je suis le coupable idéal, n'est-ce-pas ?
- Lucas si vous ne cessez de m'interrompre, je ne pourrai vous exposer ma découverte.
- Que me baragouinez-vous, vous m'embrumez l'esprit ! Vos recherches ont-elles éclairés d'autres pistes, mon ami ? J'ai deviné, vous êtes ici pour m'annoncer une bonne nouvelle. Garcia n'a pas eu le courage de se montrer et de reconnaître son erreur ! Qui est l'assassin de ma tante ?
Un bruit sourd surprend les deux hommes, la porte s'ouvre.
- Voici une conversation captivante, messieurs les conspirateurs ! Porliez n'a rien d'exceptionnel à vous dévoiler mon cher et comme vous l'affirmez, vous collez indubitablement à l'image du parfait criminel dans cette sombre histoire. Levez-vous Drenti, il est grand temps de rejoindre votre fiancée derrière les barreaux, ordonne Garcia sans autre préambule.
- Et vous adjoint Bernard Porliez, cessez de faire de l'excès de zèle. Ma place n'est pas à prendre, jeune coq farfelu ! Pour qui vous prenez-vous ? Cette enquête m'appartient de A à Z ! Je vous avais prévenu, vous le payerai cher ! Votre blâme sera rédigé comme il se doit et annexé d'un magistral avertissement qui parviendra bien entendu ce soir à qui de droit ! En attendant, courez donc entre les gouttes chercher le véhicule. Quelle idée saugrenue de ne pas profiter des emplacements devant le manoir ! Manquez-vous de cervelle, pauvre étourneau !
Des portes claquent, des pas désordonnés résonnent dans le vestibule. Garcia s'impatiente.
- Quel raffut, qui hurle de tous les diables ainsi ? Le moment est mal venu, je ne vais pas y passer mon dimanche ! Le toit s'est-il effondré ? Les caves seraient-elles inondées... Ah moins que d'Angeli ait enfin confessé son lamentable délit ? raille le commissaire.
Les cris de Léonce arrêtent net l'ironie de Garcia : AU FEU, AU FEU ! A L'AIDE !
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