J'ai froid... Je déteste avoir froid et plus je vieillis plus j'ai cette impression de devenir frileuse d'un claquement de degré !
Je me déteste ! Sans cesse dépassée par les aiguilles de l'horloge et celles de mon âme, j'ai le sentiment d'être nulle face aux autres.
Désarrois vrombissants d'incertitude, romanesques enjouements adulescents, crises de larmes solitaires, débordantes fantaisies passionnelles ...
Bref, inutile d'étaler la multitude de ces travers qui m'exaspèrent. Un brin de dignité s'impose même si je ressemble à une pauvrette grelottante quelle que soit la saison !
Je me souviens de ce vœu que j'exprimais sans cesse il y a plus de dix ans. Je veux mourir, je veux mourir, je veux mourir.... Et cette nuit où lors d'un songe proche d'un voyage en astral un homme vêtu d'une toge blanche, un parchemin entre les mains, m'a interrogé d'un ton comminatoire :
- Vous êtes la suivante sur la liste, exprimez-moi une raison vertueuse de ne pas succomber.
J'aperçois avec effroi mon nom calligraphié sur le feuillet vieilli et lui réplique sur le champ :
- MON FILS !
Muni d'un stylo à encre vermillon le sage raye mon substantif et disparaît.
Grave erreur, acte regrettable !
J'ai froid, je me déteste ! Dois-je émettre la même supplique ? Être biffée pour mon enfant, le cadet cette fois. Je déglutis, les larmes perlent et roulent sur mes joues. Je t'aime chéri.
Ce matin, mes pensées nocturnes ressurgissent...
Je marche dans la pluie, ce marché dominical me plaît. Un étal de bois, une bâche détrempée, un couple d'agriculteurs sexagénaire vend sa production.
Elle me renseigne sur ce bouquet de feuilles jaune pâle que je ne reconnais pas, me révèle cordialement sa recette et la cabale d'oignons cuits au four qu'elle dispose dans le saladier comme le lit de la préparation. J'achète donc des échalas de pissenlits blancs y rajoute un bouquet de salade de blé, une boule d'endive rouge pour talonner sa recette. Elle m'a ouvert l'appétit, m'offre son bonheur... simple et vorace. Elle aime la vie. Son époux écoute, acquiesce et renchérit malicieusement qu'un verre de St Emilion s'accorde merveilleusement aux herbes folles assaisonnées. Elle s'écarte pour emballer mon achat.
L'innocente insistance d'un regard plonge mes yeux dans la confidence des siens. Il m'émeut.
- J'ai froid. Cet hiver n'en finit plus, j'en ai marre ! J'ai bu une soupe dans le bistrot d'à côté mais cela ne m'a pas réchauffé !
Il me montre ses mains. Elles sont abîmées... comme torturées par la terre du temps. Je lui conseille de porter des gants ou tout au moins des mitaines. Une furieuse envie de l'apaiser s'insinue...
- Pensez à votre ballon de St Emilion lorsque vous serez rentré chez vous !
Un sourire chaleureux naît sur son visage buriné, son corps tout entier se réjouit, se rassure d'un claquement de degré ! Je m'éloigne. Il aime la vie, un bonheur simple et vorace.
Là, maintenant, moi aussi. ULTRA ROSE.... J'ai froid, je grelotte !